Abstrait
Introduction
Des modifications de la fonction sensorimotrice et une fatigabilité accrue des muscles du tronc ont été observées chez les patients souffrant de lombalgie chronique. Cette étude a évalué le contrôle de la production de force du tronc avec et sans vibration locale des muscles érecteurs du rachis et a analysé l'influence de la fatigue musculaire sur ce contrôle sensorimoteur.
Méthodes
Vingt patients souffrant de lombalgie chronique non spécifique et vingt participants sains ont été invités à réaliser un effort isométrique sous-maximal d'extension du tronc, avec et sans stimulation vibratoire locale, avant et après un protocole de fatigue des muscles extenseurs du tronc. L'erreur constante (EC), l'erreur variable (EV) et l'erreur absolue (EA) du couple maximal ont été calculées et comparées entre les conditions. L'activation des muscles extenseurs du tronc pendant les contractions isométriques et pendant le protocole de fatigue a été mesurée par électromyographie de surface (EMG).
Résultats
La précision de la reproduction de la force du tronc était significativement plus faible dans le groupe de patients (CE = 9,81 ± 2,23 Nm ; AE = 18,16 ± 3,97 Nm) que chez les participants sains (CE = 4,44 ± 1,68 Nm ; AE = 12,23 ± 2,44 Nm). La vibration locale des muscles érecteurs du rachis a induit une réduction significative des scores moyens de CE (4,33 ± 2,14 Nm) et d'AE (13,71 ± 3,45 Nm) dans le groupe de patients. À l'inverse, les participants sains ont présenté une augmentation significative des scores moyens de CE (8,17 ± 2,10 Nm) et d'AE (16,29 ± 2,82 Nm) sous l'effet des vibrations. Le protocole de fatigue a induit une fatigue des muscles érecteurs du rachis, comme l'illustre la diminution significative des pentes temps-fréquence médianes de l'électromyographie de surface (EMGs). Suite au protocole de fatigue, les patients atteints de lombalgie chronique ont montré une diminution significative de l'activité quadratique moyenne de l'EMG au niveau L4-5 et ont réagi de manière similaire avec et sans stimulation vibratoire en ce qui concerne les scores moyens CE.
Conclusions
Les patients souffrant de lombalgie chronique présentent une perception de la force moins précise que les sujets sains. La stimulation vibratoire musculaire locale a entraîné des améliorations significatives du contrôle neuromusculaire du tronc chez ces patients, avant et après un protocole de fatigue musculaire. La stimulation vibratoire musculaire pendant les exercices de contrôle moteur est susceptible d'influencer l'adaptation motrice et pourrait être envisagée dans le traitement de la lombalgie chronique. Des recherches supplémentaires sont nécessaires pour identifier précisément à quels niveaux du système sensorimoteur ces améliorations sont possibles.
Introduction
Des altérations de la fonction sensorielle ont été identifiées dans de nombreuses affections douloureuses du système musculo-squelettique, notamment chez les patients souffrant de lombalgie chronique [ 1 ]. Ces altérations, décrites chez ces patients, affectent généralement plusieurs fonctions physiologiques, telles qu'une diminution de l'acuité sensorielle [ 2 ], des modifications des schémas de recrutement musculaire [ 3 , 4 ] et une réorganisation des régions somatosensorielles du cortex cérébral [ 5 ].
La stimulation vibratoire locale est souvent utilisée pour évaluer la contribution des fuseaux neuromusculaires au contrôle moteur. Ainsi, des études antérieures sur la stimulation vibratoire locale soulignent l'importance des fuseaux neuromusculaires dans la proprioception [ 6-8 ] . Lors d'une stimulation vibratoire locale, une activation sélective des fuseaux neuromusculaires via les fibres afférentes Ia est généralement observée, induisant une réponse neuromusculaire appelée réflexe vibratoire tonique (RVT) [ 9 ]. Certaines études ont suggéré des effets bénéfiques de la stimulation vibratoire locale, tels que des augmentations significatives de l'activité musculaire et de la puissance mécanique moyenne enregistrées lors de contractions en flexion du bras [ 10 , 11 ].
En effet, il a été suggéré précédemment que les vibrations appliquées sur le ventre musculaire peuvent modifier les schémas normaux de recrutement des unités motrices, entraînant une augmentation du codage de la fréquence, de la synchronisation et facilitant éventuellement le recrutement d'unités motrices plus rapides [ 11 ].
Kakigi et Shibasaki [ 12 ], dans leur étude visant à déterminer les effets des vibrations sur les potentiels évoqués somatosensoriels de la douleur et le seuil de douleur, ont suggéré que la stimulation des fuseaux musculaires sous influence vibratoire peut conduire à des augmentations des mécanismes inhibiteurs de la sensation douloureuse et, par conséquent, être utilisée à des fins thérapeutiques.
La proprioception du tronc a déjà été étudiée chez des personnes souffrant de lombalgie chronique à l'aide de différents protocoles, tels que des tâches de perception de la position ou de pointage (contrôle moteur). Plusieurs études ont mis en évidence des déficits proprioceptifs au niveau lombaire chez les personnes rapportant une lombalgie chronique [ 1 , 13 , 14 ], mais peu d'études ont examiné les effets des vibrations locales sur les performances lors d'une tâche de repositionnement du tronc dans cette population. En 2000, Brumagne et al. [ 15 ] ont suggéré que, appliquée au niveau segmentaire L5-S1, une vibration du muscle multifide entraîne une diminution significative de l'erreur directionnelle du bassin en position assise, illustrée par un dépassement systématique de la position cible chez les patients atteints de lombalgie chronique. Ces mêmes auteurs [ 16 ] avaient également conclu, dans une étude précédente, que des recherches supplémentaires sur l'effet des vibrations dans d'autres postures et sur d'autres groupes musculaires étaient nécessaires pour élucider le mécanisme complexe de la fonction neuromusculaire lombosacrée. De plus, une étude récente menée par Willigenburg et al. [ 17 ] ont constaté que les patients souffrant de lombalgie chronique commettaient davantage d'erreurs lors d'une tâche de suivi en spirale nécessitant des mouvements circulaires du tronc, comparativement aux sujets témoins sains. Les effets relatifs des vibrations des muscles lombaires pendant la tâche de contrôle moteur dans leur étude n'ont pas entraîné d'améliorations significatives chez les patients atteints de lombalgie chronique.
Dans des conditions de stress telles que la fatigue musculaire ou les contraintes mécaniques, la proprioception lombaire peut être fortement altérée [ 14 ]. Dans une étude évaluant l'effet de la fatigue des muscles paravertébraux sur la proprioception lombaire, Taimela et al. [ 14 ] ont constaté que les patients souffrant de lombalgie chronique présentaient une capacité significativement réduite à percevoir un changement de position lombaire après un protocole de fatigue. Il a également été démontré qu'une fatigabilité excessive des muscles paravertébraux lombaires est un facteur prédictif d'un premier épisode de lombalgie [ 18 ] et d'une invalidité lombaire à long terme [ 19 ]. En effet, il a été suggéré qu'un des mécanismes par lesquels la fatigue contribue aux lombalgies pourrait être l'instabilité rachidienne pouvant entraîner une lésion (par exemple, un flambage spinal) [ 20 ]. Pour contrôler la stabilité rachidienne, le système nerveux central (SNC) doit orchestrer une coordination fine des muscles du tronc impliquant des mécanismes de rétroaction (réflexe) et d'anticipation [ 21 ]. Par conséquent, l'utilisation de la stimulation vibratoire, connue pour augmenter l'activité des fuseaux neuromusculaires et l'activité musculaire, pourrait potentiellement prévenir la diminution de la fréquence de décharge des fuseaux neuromusculaires généralement observée lors de la fatigue musculaire [ 22 ] et contribuer possiblement au contrôle actif de la stabilité rachidienne. Bien qu'une diminution importante de la proprioception du tronc en cas de fatigue musculaire soit attendue chez les patients souffrant de lombalgie chronique, il existe un manque évident d'études objectives examinant l'influence des vibrations locales sur la fatigue des muscles du dos et les modifications de la proprioception du tronc.
L’objectif principal de cette étude était donc de déterminer si la stimulation vibratoire locale des muscles érecteurs du rachis induirait spontanément des modifications de la stratégie de contrôle, de la précision et de la variabilité de la performance lors d’une tâche de reproduction de la force isométrique du tronc chez des patients souffrant de lombalgie chronique et des participants sains. L’hypothèse était que la vibration musculaire locale améliorerait l’acuité sensorimotrice du tronc chez les patients atteints de lombalgie chronique et la diminuerait chez les participants sains. Le second objectif était de déterminer si la stimulation vibratoire appliquée sur des muscles fatigués pouvait avoir des effets bénéfiques à court terme sur les paramètres de reproduction de la force du tronc. Il est pertinent de documenter l’influence de la fatigue musculaire sur le contrôle sensorimoteur du tronc chez les patients souffrant de lombalgie chronique, étant donné que la fatigue musculaire limite la fonctionnalité et peut entraver leur participation aux stratégies de réadaptation et de gestion de la douleur [ 23 ]. Les auteurs ont testé l’hypothèse selon laquelle la vibration musculaire entraînerait des améliorations du contrôle sensorimoteur du tronc chez les patients souffrant de lombalgie chronique, aussi bien en l’absence de fatigue qu’après un épisode de fatigue.
Méthodes
Participants
L'étude a été menée au laboratoire de neuromécanique et de contrôle moteur de l'université. La taille de l'échantillon a été estimée afin de détecter un effet modéré de 0,30 avec un seuil de signification de p = 0,05 et une puissance statistique souhaitée de 0,80. Un minimum de 12 participants par groupe était requis, compte tenu des exigences susmentionnées. Vingt participants adultes sains (7 femmes et 13 hommes) sans antécédents de lombalgie chronique et 20 participants (7 femmes et 13 hommes) souffrant de lombalgie chronique ou récidivante non spécifique ont donc été recrutés. Les participants, sains et patients, devaient être âgés de 20 à 60 ans. Les patients souffrant de lombalgie chronique non spécifique ont été sélectionnés selon les critères précédemment établis pour la lombalgie chronique ou récidivante (lombalgie chronique : présente pendant au moins la moitié des jours sur une période de 6 mois ; lombalgie récidivante : présente pendant moins de la moitié des jours sur une période de 12 mois) [ 24 ]. Les patients présentant une pathologie rachidienne non mécanique, un déficit neurologique ou un syndrome douloureux chronique ont été exclus. Des participants adultes en bonne santé ont été recrutés selon les critères suivants : absence de symptômes musculosquelettiques ou neurologiques liés à une affection rachidienne. Les participants présentant les affections suivantes ont également été exclus : spondylarthrite ankylosante, maladie neuromusculaire du tronc, arthrite inflammatoire, scoliose (≥ 15°) et antécédents de chirurgie rachidienne. Avant les tests, chaque participant a été informé de toutes les procédures expérimentales et a donné son consentement éclairé par écrit. Toutes les procédures ont été approuvées par le Comité d’éthique de la recherche avec des êtres humains de l’établissement.
Résultats cliniques
Les résultats cliniques comprenaient la version française validée du questionnaire d'Oswestry modifié sur l'incapacité liée aux lombalgies (ODQ) pour évaluer l'incapacité liée aux lombalgies [ 25 ] et l'échelle de Tampa pour la kinésiophobie [ 26 ]. L'intensité de la douleur lombaire a été évaluée à l'aide d'une échelle visuelle analogique (EVA) une semaine avant le test et au moment du test [ 27 ].
Procédures préparatoires
Les participants ont été testés en position debout neutre, sans flexion ni extension du tronc ( Fig. 1 ). Les données de force (couple) ont été obtenues à l'aide d'un appareil isocinétique (LIDO Active, Loredan Biomedical, West Sacramento, États-Unis) utilisé uniquement en mode isométrique. Les participants ont reçu des encouragements personnalisés de la part des expérimentateurs lors de la collecte des couples d'extension isométrique maximaux des muscles érecteurs du rachis . La valeur de référence pour la contraction volontaire maximale (CVM) a été définie comme la valeur de couple la plus élevée obtenue lors de deux essais consécutifs de 4 secondes. En guise d'échauffement, les participants ont ensuite été invités à produire une force isométrique du tronc sous-maximale le plus rapidement possible. Afin de s'assurer que tous les participants comprenaient et réalisaient correctement la tâche de reproduction de la force isométrique, une phase de familiarisation a été effectuée avant le début des tests. Durant cette phase, il leur a été demandé de produire une seule impulsion (tirer et relâcher), sans tenter de corriger la force une fois la contraction amorcée. Pendant cette phase, les participants recevaient un retour d'information visuel sur la précision de leur mouvement grâce à un oscilloscope placé devant eux, ce qui leur permettait d'évaluer leur performance et de la corriger pour l'essai suivant, si nécessaire. Il a été demandé aux participants de produire un couple maximal fixé à 60 % de leur force maximale volontaire (FMV), avec une marge d'erreur de 10 % par rapport à la valeur cible (ex. : 100 ± 10 Nm), tout en gardant les yeux ouverts pendant toute la durée de la séance. Le terme « couple maximal » désigne donc la valeur la plus élevée du couple d'extension sous-maximal pour chaque essai. Cette phase de familiarisation, réalisée sans aucune vibration, s'est terminée après que les participants aient effectué avec succès dix contractions consécutives. Pour chaque essai, les données de couple ont été enregistrées à une fréquence d'échantillonnage de 100 Hz. Elles ont ensuite été filtrées numériquement à l'aide d'un filtre de Butterworth du huitième ordre (fréquence de coupure passe-bas de 10 Hz).
Fig. 1. Position de test en posture debout neutre avec et sans vibration des muscles érecteurs du rachis .
Protocole de vibration musculaire
La figure 2 illustre le déroulement de l'expérience. Des vibrations mécaniques superficielles ont été appliquées perpendiculairement et bilatéralement sur les muscles érecteurs du rachis au niveau de la troisième vertèbre lombaire (L3) à l'aide de masses excentrées rotatives de 7,5 cm de long (4 cm de diamètre) et d'un poids d'environ 450 g. La rotation de la masse excentrée autour de l'axe du moteur central permet de modéliser son mouvement par une onde sinusoïdale. Ces vibrateurs, équipés d'une alimentation CC régulée (Zurich Electric RPS-1012 MB, Taipei Hsien, Taïwan) et maintenus en place par une ceinture lombaire élastique Velcro sur mesure, ont été positionnés de manière standard sur tous les participants par le même examinateur, afin de garantir une tension de fixation comparable lors de tous les tests. Les propriétés vibratoires (80 Hz, amplitude constante de 0,85 mm) étaient identiques à celles utilisées dans une étude récente menée sur les muscles du tronc [ 28 ]. Les participants devaient réaliser une série de cinq essais (exercice de reproduction de force à 60 % de leur VEMS) après un signal sonore diffusé toutes les trente secondes, pour chacune des conditions de vibration (absence de vibration, vibration à 80 Hz). Cette séquence constituait un bloc d'essais, et quatre blocs étaient réalisés, soit un total de vingt essais pour chaque condition de vibration. Un temps de repos de 5 minutes était accordé entre chaque bloc afin de limiter les effets de la fatigue. L'ordre de présentation des conditions de vibration (absence de vibration, vibration à 80 Hz) différait entre le bloc 1 et le bloc 2 (et entre le bloc 3 et le bloc 4) afin de limiter tout effet de séquence. La stimulation vibratoire (80 Hz) était appliquée trente secondes avant le signal sonore et se poursuivait pendant toute la durée des essais de génération de couple, sans interruption ni délai. Entre les blocs 2 et 3, les participants réalisaient un protocole de fatigue des muscles extenseurs du tronc correspondant à une version modifiée du test de Biering-Sorensen [ 29 ]. Ce test a été réalisé sur une chaise romaine inclinée à 30°, le buste droit, les crêtes iliaques alignées avec la limite de la chaise et les bras croisés sur la poitrine en position couchée sur le ventre. Pendant l'épreuve de fatigue, les participants devaient tenir une plaque de 11,4 kg afin d'induire rapidement une fatigue musculaire. Le test était considéré comme terminé lorsque le participant ne pouvait plus maintenir son tronc en position horizontale droite (position inférieure à la position de référence) ou lorsqu'il arrêtait le test (épuisement total). Une fois le protocole de fatigue terminé, les participants étaient invités à évaluer leur effort perçu sur une échelle de Borg à 20 points [ 30 ].
Figure 2. Chronologie précise de l'expérience.

Les participants devaient réaliser une série de cinq essais (tâche de reproduction de force à 60 % de leur VMC) après un signal sonore diffusé toutes les trente secondes, pour chacune des conditions de vibration (absence de vibration, vibration à 80 Hz). L'ordre de présentation des conditions de vibration (absence de vibration, vibration à 80 Hz) différait entre le bloc 1 et le bloc 2 (et entre le bloc 3 et le bloc 4) afin de limiter tout effet de séquence de vibration.
Électromyographie
L’électromyographie de surface (EMG de surface) a été utilisée pour enregistrer l’activation des muscles érecteurs du rachis lors des contractions isométriques et du protocole de fatigue. Quatre électrodes bipolaires rigides ont enregistré l’activation des muscles érecteurs du rachis bilatéralement au niveau des segments lombaires L4-L5 et L1. Les électrodes étaient alignées avec la direction des fibres musculaires et placées sur le ventre musculaire. Une électrode de référence a été placée sur l’apophyse épineuse de T12 afin d’évaluer l’amortissement des vibrations internes (essentiel au traitement des signaux EMG de surface et aux techniques de réduction du bruit), et une électrode de masse a été placée sur l’olécrane droit de tous les participants. Avant l’application des électrodes, l’impédance électrique de la peau au niveau des sites de placement a été minimisée à l’aide des techniques standard de préparation cutanée. L’activité EMG de surface a été enregistrée à l’aide d’un capteur EMG de surface Delsys échantillonné à 1 000 Hz avec un convertisseur analogique-numérique 12 bits (PCI 6024E ; National Instruments, Austin, TX).
Analyses de données
Le temps nécessaire pour atteindre le couple maximal (TPT), l'erreur constante (CE), l'erreur variable (VE) ainsi que l'erreur absolue (AE) du couple maximal ont été calculés et comparés entre les conditions expérimentales [ 31 ]. Ces variables ont été utilisées avec succès dans des études précédentes [ 28 , 32 ] et sont décrites plus en détail ci-dessous. Pour chaque essai, le début du couple et le couple maximal ont été déterminés. Le début du couple correspond au point initial de la montée en puissance, et le couple maximal représente la valeur de couple la plus élevée atteinte lors d'un essai. La détection et le marquage de ces deux valeurs ont été effectués par inspection visuelle par le même expérimentateur [ 32 ]. Le TPT est défini comme le temps nécessaire pour atteindre le couple maximal à partir du début de la génération du couple. L'erreur constante (CE) représente la différence positive ou négative entre le couple maximal atteint et le couple cible correspondant à 60 % de la contraction volontaire maximale (CVM) ; elle indique l'ampleur de l'erreur par rapport au couple cible (mesure du biais). Une erreur constante positive lors de l'extension du tronc correspond à un couple inférieur au couple cible, tandis qu'une erreur constante négative correspond à un couple supérieur au couple cible. L'erreur de variation (EV) mesure l'incohérence du résultat du mouvement et représente la variabilité des performances du participant autour de la valeur moyenne ; elle est calculée à partir du score de couple maximal du participant à chaque essai et de sa propre moyenne. La figure 3 illustre un exemple de calcul de l'erreur de contrôle (EC) et de l'EV pour un participant. Enfin, l'erreur absolue (EA) du couple maximal représente l'écart absolu moyen (sans tenir compte du sens du couple) entre les réponses du participant et le couple cible, prenant ainsi en compte à la fois le biais et la variabilité. Les scores des variables (EC, EV, EA et TPT) pour un participant représentent son score moyen calculé pour chaque condition expérimentale. Tous les essais de chaque participant ont été analysés et utilisés pour le calcul des variables.
Fig. 3. Données représentatives définissant les calculs d'erreur constante (CE) et d'erreur variable (VE) pour une condition expérimentale d'un participant.
Les données sEMG ont été filtrées numériquement par un filtre passe-bande de Butterworth du quatrième ordre, sans déphasage, dans la bande 10-450 Hz. L'acquisition des données a été réalisée avec LabVIEW (National Instruments) et leur traitement avec MATLAB (MathWorks, Natick, MA). Les vibrations pouvant induire des artefacts de mouvement, notamment des composantes spectrales proches de la fréquence de modulation et de ses harmoniques [ 11 ], les auteurs ont utilisé une méthode simple pour rendre la mesure de la valeur efficace (RMS) des signaux sEMG insensible aux artefacts liés à l'activation de l'alimentation CC et aux vibrations. Les signaux enregistrés pour chaque essai ont fait l'objet d'une analyse fréquentielle approfondie. Cette analyse a permis d'éliminer les artefacts de vibration et les harmoniques associées grâce à des filtres de Butterworth du quatrième ordre à bande d'arrêt, appliqués autour de la fréquence de modulation et de chaque harmonique.
Les valeurs RMS ont été calculées pour chaque essai d'extension du tronc à l'aide de fenêtres temporelles correspondant au début et à la fin de la production du couple d'extension. Pour chaque participant, les valeurs moyennes sur l'ensemble des conditions (10 essais) ont ensuite été calculées et utilisées pour établir les profils d'activation musculaire, comme suggéré par des auteurs précédents [ 33 ]. Les valeurs RMS ont été normalisées par rapport à la valeur MVC de l'extension du tronc.
Pour déterminer si les muscles érecteurs du rachis présentaient une fatigue lors du test de Biering-Sorensen modifié, la fréquence médiane de l'électromyographie de surface (EMGs) (transformée de Fourier rapide) a été calculée à partir d'époques de signal adjacentes et non chevauchantes de 1 s. La pente de la régression de la fréquence médiane et son ordonnée à l'origine ont permis de définir le taux de variation et les valeurs initiales de la fréquence médiane. Les pentes normalisées ont été définies comme les pentes divisées par les valeurs initiales correspondantes et exprimées en pourcentage par seconde. Une fatigue musculaire localisée entraîne généralement une diminution des fréquences médianes de l'EMGs, ce qui se traduit par une pente négative [ 34 ]. Les analyses EMGs ont été réalisées en moyennant les valeurs RMS normalisées de l'EMGs des deux côtés (gauche et droit), comme dans les études précédentes [ 35 , 36 ].
Analyses statistiques
Le test de Shapiro-Wilk a été utilisé pour évaluer la distribution des variables. Toutes les erreurs moyennes des mesures de couple maximal (CE, VE et AE) et les variables TPT suivaient une distribution normale (tous les p > 0,05). Cette étude a été menée selon un plan expérimental contrebalancé. La distribution d'échantillonnage de chaque participant a également été évaluée afin de détecter les valeurs aberrantes (écart-type > 3). Les données de couple maximal et les valeurs RMS normalisées de l'EMG de surface (sEMG RMS) ont été soumises à une analyse de variance (ANOVA) à mesures répétées 2 (groupes : lombalgie chronique et contrôle) × 2 (conditions de vibration : absence de vibration et vibration à 80 Hz) × 2 (conditions de fatigue : absence de fatigue et post-fatigue), réalisée séparément pour chaque variable. Afin d'évaluer un éventuel phénomène de fatigue, les valeurs pré- et post-MVC ont été soumises à une ANOVA à mesures répétées groupe × condition de fatigue sur le dernier facteur. Les interactions ou effets principaux significatifs ont été analysés plus en détail à l'aide d'un test post hoc de Tukey. Les pentes temps-fréquence médianes de l'EMG de surface (sEMG) pour chaque segment ont été soumises à un test t de Student unilatéral afin de déterminer si elles différaient significativement de zéro. Le seuil de signification a été fixé à P < 0,05 pour toutes les analyses. Les analyses statistiques ont été réalisées avec le logiciel Statistica 10 (Statsoft, OK, États-Unis).
Résultats
Les profils démographiques et cliniques des participants sont présentés dans le tableau 1 .
Tableau 1. Données de base [Moyenne (±SD)] sur les participants à l'étude atteints de lombalgie chronique et les participants sains.
| lombalgie chronique | Commandes | P < 0,05 | |
|---|---|---|---|
| n = 20 | n = 20 | ||
| Âge (années) | 33,7 ± 14,4 | 29,1 ± 7,8 | NS |
| Hauteur (cm) | 173,8 ± 11,4 | 174,3 ± 9,5 | NS |
| masse corporelle (kg) | 75,3 ± 17,5 | 76,4 ± 15,5 | NS |
| ODI (%) | 12,5 ± 7,8 | 0,0 ± 0,0 | |
| TSK | 34,3 ± 9,9 | 0,0 ± 0,0 | |
| Douleur VAS (test) | 2,3 ± 1,8 | 0,0 ± 0,0 | |
| Douleur VAS (1 semaine) | 3,5 ± 1,7 | 0,0 ± 0,0 |
Score ODI (Oswestry Disability Index) (score maximal = 100). Score TSK (Tampa Scale for Kinesiophobia) (score maximal = 68 ; un score de 40/68 est considéré comme une kinésiophobie significative). Douleur (EVA, lors du test) : douleur évaluée sur l’échelle visuelle analogique (0-10) au moment du test. Douleur (EVA, une semaine avant le test) : douleur évaluée sur l’échelle visuelle analogique (0-10) une semaine avant le test. NS = non significatif
Résultats globaux
Les analyses statistiques ont révélé une interaction significative entre les groupes, les conditions de vibration et les conditions de fatigue pour la variable CE [ F (1, 76) = 6,99, p < 0,01] et pour la variable AE [ F (1, 76) = 14,63, p < 0,001]. Aucune interaction significative n'a été observée entre les groupes, les conditions de vibration et les conditions de fatigue pour la variable VE [ F (1, 76) = 0,05, p > 0,05] ni pour la variable TPT [ F (1, 76) = 1,28, p > 0,05].
Aucun effet d'interaction significatif entre les groupes, les conditions de vibration et les conditions de fatigue n'a été observé pour l' activité RMS de l'électromyographie de surface (EMGs ) au niveau L1 [ F (1, 76) = 0,12, p > 0,05]. Un effet principal de la vibration a été mis en évidence, révélant une activité RMS de l'EMGs significativement plus élevée au niveau L1 [ F (1, 76) = 6,81, p < 0,05] avec la vibration à 80 Hz comparativement à l'absence de vibration.
Au niveau L4-L5, aucune interaction significative entre les groupes, les conditions de vibration et les conditions de fatigue n'a été observée pour la valeur RMS de l'électromyographie de surface (sEMG) [ F (1, 76) = 0,26, p > 0,05]. En revanche, une interaction significative entre la fatigue et la vibration [ F (1, 76) = 9,15, p < 0,01], ainsi qu'une interaction significative entre le groupe et la fatigue [ F (1, 76) = 5,81, p < 0,05] ont été mises en évidence pour la sEMG RMS . Un effet principal significatif de la vibration a également été observé, révélant une activité sEMG RMS plus élevée au niveau L4-L5 [ F (1, 76) = 5,76, p < 0,05] avec la vibration à 80 Hz comparativement à l'absence de vibration. Un effet principal de groupe [ F (1, 76) = 7,23, P < 0,001] a également été détecté pour le sEMG RMS au niveau L4-5, montrant que les patients atteints de cLBP avaient une activité sEMG RMS significativement plus élevée que les témoins sains.
Effets des vibrations en l'absence de fatigue
Les analyses post hoc ont révélé des scores CE significativement plus élevés chez les patients atteints de lombalgie chronique que dans le groupe témoin en l'absence de vibration ( p < 0,001). Les deux groupes ont également réagi différemment à la vibration des muscles érecteurs du rachis : les patients atteints de lombalgie chronique ont présenté une diminution significative du score CE pendant l'exposition aux vibrations ( p < 0,001), tandis que le groupe témoin a, à l'inverse, présenté une augmentation significative du score CE moyen ( p < 0,05) par rapport à la condition sans vibration ( figure 4A ).

